Une douce mélancolie me traverse alors qu’on se déconfine (triste verbe)
Amis, voisins, inconnus : tous se réjouissent d’une liberté retrouvée
Au milieu de la foule, une profonde solitude : le hasard des origines
Connaissent-ils notre traversée ?
Je t’écris, à toi, mon ami d’autrefois
À travers la mer rougie qui nous sépare comme les années
Et les frontières qui enterrent les amours, comme les espoirs
La vie devant soi, son passeport cache toute une histoire
Le tapage de fortunes m’interpelle,
Ici, on parle moins de faim que de paroles
Moins de la paix que de son pronom
La concurrence des victimes
Qui font de l’Histoire leur liturgie (le devoir de s’en souvenir)
Assez pour apaiser une mauvaise conscience
Pour se faire pardonner et oublier le passé qui perdure
Dans les fosses communes en train de se creuser
Dans les parcours des exilés en quête d’un lieu sûr
Faute d’une bonne guerre, chacun s’occupe de sa carrière
À chacun son bonheur provisoire
Aux autres, la paix à statut précaire
La vie d’une valeur accessoire
Car, l’avenir s’écrit à l’avance sur un bout de papier
Voici, en effet, une autre « voie » proposée
Par le Ministre des Vies qui ne saisit guère nos vécus
Merci, Monsieur, de ne pas nous mépriser
Alors qu’on s’occupe de vos enfants, de vos vieux
Au mépris de nos propres aînés, nos mains brûlées,
Le cœur crevé, l’âme déchanté
Dans les champs abusés, la peur apprivoisée
L’espoir reconfiné, à cause d’où on est né
On n’est pas (de toute façon) tous égaux devant la mort
On accepte son sort : Trump n’a pas tort
Pire que les bourreaux, ce sont les spectateurs
Ici et ailleurs
Savais-tu, mon ami,
Qu’ici, les arbres, même les arbres, sont protégés ?
Qui protège les (peuples) déracinés ?
Ceux qui ne rentre dans aucune boîte préfabriquée ?
Alors adressons-nous au dieu des délaissés
À l’humanité prête à (s’éveiller)
La colère n’attend que l’étincelle
Un retour à l’essentiel L’élan universel.
CJ Chanco